Bonjour Igor, pourriez-vous nous raconter comment votre parcours et vos origines multiculturelles ont influencé la création des Carnets d'Igor ?
Je suis né à Chartres, en Eure-et-Loir, et je vis à Paris depuis plus de vingt ans, mais je dis souvent que mon nom et mon prénom racontent déjà beaucoup. Igor Robinet-Slansky : difficile de faire plus cosmopolite ! Mon grand-père maternel était russe, marié à une Française, et ma grand-mère paternelle italienne mariée à un Français. Je suis donc un vrai melting-pot culturel. Cette diversité d’origines m’a sans doute donné très tôt une curiosité particulière pour les cultures, les histoires et les différences.
Mais au-delà des origines, ce sont aussi mes grands-parents et mes parents qui m’ont transmis très tôt le goût de la curiosité. J’ai grandi entouré d’histoires et de passions très différentes : une grand-mère qui lisait énormément et adorait raconter l’Histoire, une autre qui aimait les chants, les comédies musicales et le cinéma. Un grand-père agriculteur qui vivait dans une ancienne ferme où chaque pierre semblait raconter une histoire - certaines provenaient même du château voisin détruit pendant la Révolution - et un autre grand-père scientifique qui avait parcouru le monde à une époque où l’on voyageait beaucoup moins.
Mes parents ont aussi nourri cette curiosité : mon père nous emmenait régulièrement visiter des sites historiques, des monuments ou des musées, et ma mère m’a initié très tôt aux brocantes et au goût des beaux objets.
Tout cela a éveillé en moi une fascination pour les lieux chargés d’histoire, pour le patrimoine, pour les objets qui portent la mémoire du passé. J’ai toujours été attiré par les histoires, grandes ou petites, par tout ce qui raconte d’où l’on vient. Cette soif de comprendre et d’apprendre ne m’a jamais quitté.
Elle a aussi nourri mon parcours professionnel : depuis plus de vingt ans, je travaille dans la communication, les relations presse et la création de contenus, notamment dans les univers de la mode, de la création et de la culture. Des domaines où l’on raconte déjà des histoires, mais à travers des marques, des savoir-faire, des événements ou des objets.
En 2020, j’ai eu envie de réunir toutes ces passions dans un projet personnel : c’est ainsi que sont nés Les Carnets d’Igor. Au départ, c’était un média dédié au patrimoine historique et culturel, à travers lequel je partageais mes visites de lieux, d’expositions ou de sites historiques, ainsi que des anecdotes et des histoires liées aux grands personnages du passé.
Avec le temps, le projet a évolué et s’est aussi ouvert à une dimension plus professionnelle. Aujourd’hui, Les Carnets d’Igor sont à la fois un média et une activité de conseil et de création de contenus. J’accompagne ainsi des acteurs du patrimoine, de la culture, du tourisme ou des industries créatives dans la valorisation de leurs histoires, de leurs lieux ou de leurs savoir-faire, à travers des contenus éditoriaux, des stratégies de communication ou des collaborations médiatiques.
Dans un sens, l’idée reste toujours la même : raconter et partager le patrimoine, qu’il soit historique ou vivant, et donner envie de le découvrir.
Comment sélectionnez-vous les lieux, événements ou personnalités que vous mettez en lumière dans vos carnets de voyage ?
Cela dépend. Il y a d’abord les lieux que je considère comme incontournables, souvent assez connus, et que j’ai envie soit de découvrir si je ne l’ai jamais fait, soit d’explorer plus en profondeur. Quand je parle d’explorer, j’entends comprendre leur histoire, leur architecture, les personnages et les événements qui les ont marqués, mais aussi découvrir les anecdotes qui s’y rattachent ou encore des espaces parfois peu accessibles au grand public. Ces endroits, je les garde en tête ou je les note au fil du temps, un peu comme une « to do list » des lieux qu’il faut avoir vus au moins une fois dans sa vie.
Et puis il y a les autres sites, souvent moins connus. J’aime aussi me laisser surprendre. Dès qu’il y a de l’histoire, j’y vois un intérêt. Lorsque je sais que je vais passer un week-end ou des vacances dans une région ou un pays, je me renseigne par différents moyens – guides, sites spécialisés, réseaux sociaux – et je dresse une liste de lieux à découvrir. Je les classe ensuite par ordre d’importance, un classement très subjectif, basé sur mes centres d’intérêt historiques, culturels ou esthétiques.
Pour les personnalités historiques et les anecdotes, le processus est souvent plus spontané. Au gré de mes visites, de mes lectures, de documentaires ou de podcasts que j’écoute, je découvre des histoires ou des détails parfois inattendus sur des figures historiques. J’aime alors aller plus loin, creuser, chercher les petites histoires derrière la grande, et essayer de comprendre la sensibilité ou le caractère qui se cachent derrière les grands personnages de l’Histoire. Mon idée est ensuite de traduire ce que j’en ai compris et de le raconter à ma façon à mes lecteurs et abonnés.
Enfin, il y a les expositions et les événements temporaires. J’essaie d’en voir le plus possible, car ils sont une formidable manière d’enrichir sa culture et de découvrir de nouveaux sujets. Je trouve que passé un certain âge, une fois les études terminées et le quotidien installé, on prend parfois moins le temps d’apprendre et de découvrir. Pour ma part, les visites, l’art et le patrimoine sont justement une manière de continuer à nourrir cette curiosité et de retrouver ce regard émerveillé que l’on a enfant.
Et puis, je l’avoue, j’ai toujours ce rêve un peu romantique : celui de découvrir un jour un lieu encore inexploré !
Quoi qu’il en soit, je choisis d’abord ces lieux et ces événements pour moi. Et lorsque la visite me passionne ou m’émeut, j’ai naturellement envie d’en partager l’histoire et la découverte avec mes lecteurs et abonnés.
Au fond, avec Les Carnets d’Igor, ce que je cherche avant tout, c’est partager ce regard curieux et passionné sur l’histoire et le patrimoine, et donner envie à chacun d’aller découvrir par lui-même les lieux, les œuvres et les histoires qui nous entourent.
Pouvez-vous partager une expérience mémorable qui a marqué votre voyage à travers la découverte de patrimoines culturels et historiques ?
Il y en a beaucoup, mais deux expériences très similaires m’ont particulièrement marqué. Grâce aux Carnets d’Igor, j’ai eu la chance d’être invité à visiter deux grands châteaux impériaux français - ceux de Compiègne et de Fontainebleau - un jour de fermeture au public.
C’est une expérience assez unique, car on découvre alors ces lieux dans un calme presque irréel, sans visiteurs, et surtout avec la possibilité d’aller au-delà des parcours habituels. Accompagné par les équipes des châteaux, j’ai pu passer derrière les cordons de mise à distance et pénétrer dans des espaces généralement inaccessibles.
À Compiègne, j’ai notamment découvert le théâtre Louis-Philippe, resté presque intact, comme figé dans le temps : on a vraiment l’impression de faire un voyage direct au XIXe siècle. J’ai aussi pu visiter les chambres d’invités des fameuses « Séries de Compiègne », aménagées par Napoléon III et l’impératrice Eugénie pour accueillir les personnalités de la cour et du monde politique et culturel lors de ces séjours impériaux.
À Fontainebleau, l’émotion a été tout aussi forte. J’ai eu la chance d’entrer dans le théâtre impérial, absolument sublime, mais aussi dans des espaces plus intimes comme le bureau de Napoléon III, la bibliothèque privée de Napoléon Ier ou encore le musée de l’Impératrice Eugénie. Et puis il y avait ce dernier étage du château, alors en pleine restauration : marcher dans ces couloirs en travaux donnait presque l’impression d’être revenu au temps du Second Empire, comme si le chantier venait tout juste de commencer.
Dans ces moments-là, je me sens vraiment comme un enfant dans un magasin de jouets. Ce sont des expériences rares, presque privilégiées, qui permettent de toucher le patrimoine au plus près et de ressentir très concrètement la présence de l’histoire.
Quelles sont selon vous les tendances actuelles et les défis majeurs dans le domaine du patrimoine vivant et de sa valorisation ?
Je trouve que le patrimoine vivant connaît aujourd’hui un véritable regain d’intérêt - on l'a notamment vu avec l'engouement pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris. On voit émerger une attention croissante pour les savoir-faire artisanaux, les métiers d’art, les techniques traditionnelles, mais aussi pour tous ceux qui les font vivre au quotidien. Cette tendance est très visible dans des domaines comme la mode, l’artisanat, la restauration du patrimoine ou encore les métiers liés aux matériaux traditionnels. Le grand public redécouvre peu à peu la valeur du geste, du temps long et de la transmission.
Un autre phénomène intéressant est le rôle croissant du numérique et des réseaux sociaux dans la valorisation de ces savoir-faire. Ils permettent de montrer les coulisses des métiers, de raconter les histoires derrière les objets, et de toucher des publics qui n’auraient peut-être jamais franchi la porte d’un atelier ou d’un monument. Cela ouvre de nouvelles possibilités pour faire connaître ces métiers et susciter des vocations.
Mais il reste aussi des défis importants. Le premier est celui de la transmission. Beaucoup de métiers reposent sur des savoir-faire rares, parfois détenus par très peu d’artisans, et la question du renouvellement des générations est essentielle.
Le second défi est celui de la visibilité et de la compréhension du public. Le patrimoine vivant est souvent moins visible que le patrimoine monumental : un château ou une cathédrale s’imposent immédiatement dans le paysage, alors que les savoir-faire sont plus discrets et nécessitent d’être expliqués, racontés et mis en valeur.
C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’essaie, à travers Les Carnets d’Igor, de donner aussi la parole aux artisans, aux restaurateurs ou aux acteurs du patrimoine vivant. Derrière les monuments et les œuvres que nous admirons, il y a toujours des femmes et des hommes qui perpétuent des gestes, des techniques et des traditions.
Dans quelle mesure pensez-vous que la technologie et le numérique jouent un rôle crucial dans la promotion et la préservation du patrimoine culturel ?
La technologie et le numérique jouent aujourd’hui un rôle très important dans la promotion du patrimoine culturel. Les sites Internet, les réseaux sociaux, les podcasts ou les vidéos permettent de raconter l’histoire des lieux, de montrer leurs coulisses et de toucher des publics beaucoup plus larges, notamment les jeunes générations. C’est un formidable outil de médiation et de transmission.
Le numérique permet aussi de conserver et de documenter le patrimoine : numérisation d’archives, reconstitutions en 3D, visites virtuelles… Toutes ces technologies contribuent à préserver la mémoire des lieux et des œuvres, et parfois même à mieux comprendre leur histoire.
Mais je crois aussi que le numérique doit rester une porte d’entrée, pas une finalité. Rien ne remplace l’expérience réelle : entrer dans un monument, parcourir une exposition, ressentir l’atmosphère d’un lieu chargé d’histoire. Le patrimoine se vit aussi physiquement, par les sens et par l’émotion.
À mes yeux, le rôle du numérique est donc surtout de donner envie : envie d’apprendre, envie de découvrir, et finalement envie d’aller voir les lieux par soi-même.
Comment envisagez-vous l'évolution des Carnets d'Igor dans les prochaines années, et quelles nouvelles directions souhaitez-vous explorer ?
Je vois Les Carnets d’Igor continuer à évoluer tout en restant fidèle à ce qui fait son ADN : la découverte et la transmission du patrimoine historique et culturel. Mais j’aimerais effectivement développer plusieurs axes dans les années à venir.
Le premier est de donner encore plus de place au patrimoine vivant. Derrière les monuments, les œuvres et les objets que nous admirons, il y a toujours des femmes et des hommes qui perpétuent des savoir-faire parfois très anciens. Mettre en lumière ces artisans, ces restaurateurs, ces métiers d’art ou ces techniques traditionnelles est pour moi une manière de montrer que le patrimoine n’est pas seulement une mémoire du passé, mais aussi quelque chose de vivant, qui se transmet et se réinvente.
J’aimerais également m’ouvrir davantage aux expériences culturelles et au tourisme patrimonial. L’idée serait de développer davantage de collaborations avec des offices de tourisme, des institutions culturelles ou des acteurs du voyage pour faire découvrir des destinations à travers leur histoire, leur patrimoine et leurs traditions. Voyager est souvent une porte d’entrée formidable pour comprendre un territoire et sa culture.
Enfin, j’aimerais aussi développer une dimension plus internationale. L’Europe est déjà un terrain de découverte extraordinaire tant elle est riche de patrimoine historique et culturel, et j’aimerais explorer davantage de lieux à l’échelle européenne. Mais l’idée serait aussi, à terme, d’aller au-delà et de découvrir d’autres patrimoines, d’autres histoires et d’autres cultures à travers le monde.
Finalement, l’objectif reste le même : continuer à partager cette curiosité et cette passion pour l’histoire et le patrimoine, et donner envie de partir à la découverte des lieux et des histoires qui nous entourent.
Quel message ou conseil aimeriez-vous partager avec les passionnés de patrimoine qui suivent votre travail ?
Je dirais d’abord que le patrimoine n’est pas figé dans le passé. Il raconte qui nous sommes, d’où nous venons et ce qui nous relie les uns aux autres. C’est pour cela qu’il est essentiel non seulement de le préserver, mais aussi de le transmettre et de le raconter.
C’est d’ailleurs ce que j’essaie de faire à travers Les Carnets d’Igor : partager ces histoires, ces lieux et ces personnages pour donner envie de les découvrir à son tour.
Mon conseil serait donc très simple : aller voir, visiter, pousser les portes des musées, des monuments, des villages, des expositions… qu’ils soient célèbres ou plus confidentiels. Chaque lieu de patrimoine a une histoire à raconter.
Plus nous irons les découvrir, plus nous contribuerons à les faire vivre et à nous enrichir, nous aussi, de leurs histoires. Et si Les Carnets d’Igor peuvent donner envie à quelqu’un d’aller découvrir un lieu, une exposition ou une histoire qu’il ne connaissait pas, alors l’objectif est déjà atteint.
Pour en savoir plus : https://lescarnetsdigor.fr